Voici quelque temps, la RTBF a diffusé à travers le magazine ACTUEL un reportage du journaliste Marc Preyat intitulé « Tant qu'il y aura des armes… » Ce reportage commence plutôt bien : visiblement le journaliste a situé avec justesse le fait que le problème des armes légères réside dans leur commerce illégal.
 

Il est paradoxal de constater que ces politiciens, qui ne rêvent que de réformer le droit, pour restreindre l'accès aux armes légales, ne recherchent pas ici la publicité gratuite dont ils sont si friands, en parlant de commerce illégal!

Le journaliste le déclare en préambule : les armes qui circulent légalement pour des motifs de tir, de chasse ou de collection ne posent pas de problème majeur de sécurité et l'immense majorité des acteurs de ce milieu, que certains dépeignent volontiers comme louche, n'ont d'ailleurs pas hésité à jouer la transparence. À l'inverse, le monde politique et les nombreux ministères qui sont impliqués dans le commerce des armes légères à l'exportation ont rechigné (c'est un euphémisme) à communiquer sur le sujet! Il est paradoxal de constater que des politiciens, qui généralement sont ravis de donner leur avis, jouent ici la carte de la discrétion. Ces hommes politiques qui ne rêvent que de réformer nos droits pour restreindre l'accès légal aux armes par le particulier, ne recherchent pas ici, en parlant de commerce illégal international, la publicité gratuite dont ils sont si friands. Si ce journaliste avait fait un reportage pour savoir s’il fallait ou non continuer à pratiquer le tir, la chasse ou la collection dans notre royaume, il se serait probablement trouvé une dizaine de politiciens prêts à se battre pour qui serait le plus démagogique en termes de propositions de réformes portant atteinte aux droits des citoyens.
 

Laisser croire aux citoyens que toutes les armes saisies le seraient pour des faits liés à des affaires criminelles!

Ensuite, le reportage dérape un peu, avec une ouverture sur les greffes du tribunal de Charleroi et sur les nombreuses armes saisies. Quelques armes sont choisies, sans que les motifs de saisie soient précisés, ce qui laisse croire aux citoyens non informés sur la question que toutes les armes saisies le seraient pour des faits liés à des affaires criminelles. Une manière aussi de donner à penser que le commerce à destination des particuliers serait une source d'approvisionnement pour le trafic international. Retour ensuite à la FN et à l'affaire des P90 achetés officiellement par la Jordanie, qui se sont partiellement retrouvés sur le marché suisse, disponibles pour de riches collectionneurs. Ici un petit loupé, ai-je presque envie de dire. Le journaliste aurait pu souligner que, dans le cas spécifique du P90 et de sa cote sur le marché de la collection, c'est paradoxalement parce que la FN (sous la pression du monde politique, « encore lui ») refuse de vendre quelques armes à des collectionneurs, que la demande existe pour cette arme sur le marché de la collection et que des armuriers cherchent à fournir ce marché à des prix qui n'ont plus rien à voir avec la valeur réelle de l'arme. C'est évidemment en favorisant un marché transparent plutôt qu'en favorisant le système actuel que les états réduiront le commerce illicite et l'approvisionnement du marché parallèle, qui lui-même contribue à la dissémination des armes légères et à l'augmentation du sentiment d'insécurité dans les pays occidentaux. Une fois encore, la voie suivie, à savoir un renforcement des mesures contre les détenteurs légaux, est un moteur de développement du marché noir et de l'insécurité. Que des P90 se soient retrouvés dans le milieu de la pègre m'étonne un petit peu. Il est précisé dans le reportage que la FN n'a pas vendu de munitions avec le lot jordanien mis en cause. Or, si la pègre utilise quelques P90, les munitions doivent bien venir de quelque part. Voilà une question qui aurait dû tarauder notre journaliste.
 

Oui, le commerce illégal d'armes pose des problèmes de sécurité. L'analyse du GRIP est correcte, ce qui l'est moins ce sont les conclusions et les solutions que les « experts » de cette organisation avancent!


Le reportage se poursuit par l'incontournable « expert » de l'inénarrable GRIP. Cette organisation soi-disant indépendante est largement financée par le monde politique belge, il convient de le rappeler une fois encore. L'usuel laïus sur le fait qu'un ménage sur deux soit armé aux USA est sans rapport avec le sujet du reportage et n’y apporte rien, mais un peu d'anti-américanisme ne peut pas faire de tort et cela va dans le sens des bailleurs de fonds. Oui, le commerce illégal d'armes pose des problèmes de sécurité, oui ce commerce est un facteur d'instabilité au niveau mondial, oui ce commerce génère de l'insécurité dans nos pays occidentaux. L'analyse du GRIP est correcte dans cette dénonciation ; ce qui l'est moins, ce sont les conclusions et les solutions que les « experts » de cette organisation et, par ricochet, les experts de l'ONU déduisent de cette analyse. La restriction du commerce légal dans les pays occidentaux ne résoudra aucun des problèmes liés au commerce illégal. Bien au contraire, le renforcement de la tendance prohibitionniste prônée par le GRIP et ses associations soeurs sera un vecteur d'accroissement du marché noir et conduira par conséquent à accroître l'insécurité dans nos rues. On peut aussi dire, au niveau mondial, qu'il y a un je ne sais quoi d'odieux dans les textes proposés par Gun control sur le commerce international, puisque ces textes établissent en quelque sorte la légitimité du plus fort en déniant, par exemple, à des populations opprimées de s'armer contre un dictateur. Un exemple simple pour le comprendre : si les textes de l'ONU avaient été d'application en 1940, s'armer et résister à l'occupant aurait été considéré comme illégal par l'ONU ; selon les dispositions prises par cette organisation, les nazis étaient plus dans leur droit que les milliers de héros qui se sont battus pour la liberté de ce pays.
 

Une journaliste suisse s'offusque de recevoir par la poste une arme qu'elle a commandée? En Belgique ce genre de transaction est illégal! Pourquoi ne pas le dire dans le reportage?


Un petit reportage sur la Suisse et sa législation avec une journaliste qui aurait reçu une arme par la poste, mais sans préciser qu'en Suisse c'est légal. En Belgique, la législation est tout autre et le journaliste aurait pu le souligner, car une fois encore le citoyen ordinaire peut légitimement penser à la vue de ce reportage qu'il en va de même en Belgique et, de ce fait, se montrer réceptif à une réforme légale motivée à ses yeux par des motifs erronés. Le commerce des armes en dehors d'un magasin spécialisé est interdit en Belgique. Ces journalistes qui achètent des armes sur Internet ou dans des grandes surfaces, qui passent des bombes dans nos aéroports et qui produisent des comportements criminogènes pour réclamer plus de contrôle jouent un jeu dangereux. Ils jouent non pas à préserver nos libertés, mais bien à justifier la création d'un état policier où chacun de nous est considéré comme un criminel potentiel.
 

Une visite au musée de la P. J., ou une série d'armes sans numéro de série, d'origine ou modifiée, sont présentée!

 

 

 

 

 

Démystification, non le P90 n'est pas l'arme absolue diabolisée par une certaine presse!!


Pour terminer par une visite au musée de la P. J., où une série d'armes sans numéro de série, d'origine ou modifiées, sont présentées. Ceci soulignant, une fois encore, par défaut, que le marché noir dispose de moyens et d'une logique indépendante du marché légal. C'est dommage, le journaliste loupe sa cible initiale qui était le trafic international d'armes, mais ne lui jetons pas la pierre. Il doit être compliqué avec des moyens limités de poursuivre ce type de reportage. Il aurait pu aussi poursuivre dans le sens de son affirmation de départ, à savoir que le marché noir et le marché légal, lorsqu'ils ont la même origine, se scindent très tôt et n'ont ensuite plus rien de commun. Il aurait pu freiner le GRIP, qui une fois de plus donne dans les allégations hostiles aux droits des détenteurs légaux armes et fait sa publicité pour ses publications à l'oeil et à une heure de grande écoute.
 

Si on tient pour vrai l'affirmation du départ: toutes les armes sont légales! Comment comprendre l'affluence sur le marché noir?

 

 

 

 

 

Des P90 au mains de truand! Ou se procurent ils les munitions?

 


Voilà ce que j'avais écrit quelques jours après avoir visionné le reportage de Marc Preyat. N'étant pas satisfait des réponses trouvées à propos de la problématique de la production légale qui se retrouvait sur le marché illégal, je m'étais abstenu de publier cet article. En effet, si l’on tient pour vraie l'affirmation selon laquelle « toutes les armes sont légales au départ! », comment comprendre l'affluence sur le marché noir? Et surtout comment ramener cette affluence à l'échelle de l'amateur d'arme civil? Pendant ces quelques semaines, j'ai développé cette réflexion et c'est elle que je vous livre dans l'article suivant du blanc au noir!
 

 

Eric Blondieau, administrateur. pour la DAAA-AVWL

 

Les images utilisées ici sont extraites du reportage de Marc Preyat diffusé dans l'émission "ACTUEL" sur la RTBF en novembre 2004. Ces images ne sont utilisées que pour expliquer l'origine de cette analyse et inciter les gens n'ayant pas vus le reportage à ce le procurer. Cela n'implique nullement que les personnes visibles sur ces images aient collaborés à la rédaction du présent article.

 
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